Revenons sur la mutinerie réussie en Côte d’Ivoire

Le 16 mai, les militaires sans arme et sans uniforme, devant les banques, sont venus récupérer les 5 millions de francs CFA (7600 euros) que l’État ivoirien a transférés sur leurs comptes bancaires après 5 jours de bras de fer.
Les événements suivants se déroulent quelques jours avant:

-Mardi 9 mai: à Abidjan une trentaine de soldats, représentant leurs unités, ne tombent pas d’accord avec le ministre de la défense, M Alain-Richard Donwahi qui veut les convaincre de renoncer à leur revendications financières.
Depuis mars, vu que les caisses de l’Etat sont dans le rouge, M Alassane Ouattara aurait décidé de ne plus payer le reliquat de 12 millions de francs CFA promis à chacun des 8400 combattants des Forces Nouvelles intégrés à l’armée régulière pour faire cesser un précédent soulèvement de janvier (le solde devant être progressivement versé à partir de fin mai).

-Mercredi 10 mai: après le départ de ces soldats du palais présidentiel, d’autres soldats arrivent en catimini, présentent leurs excuses pour le soulèvement de janvier et affirment renoncert à toute revendication financière.
La Radio Télévision Ivoirienne (RTI), unique média convié, filme la scène. Un de ces soldats affirma plus tard que leur porte-parole avait été forcé de lire un texte écrit par la présidence.
Depuis janvier, les autorités auraient infiltré les mutins (pour semer la discorde entre eux) à Abidjan et Bouaké, vidé discrètement les armureries, retiré les armes lourdes et oté les percuteurs des kalachnikovs.
Mais les soldats du plus grand camp militaire de Bouaké, méfiants, avaient cachés les armes chez eux et les récupèrent.

-Jeudi 11 mai: la RTI diffuse les déclarations de la veille du ministre de la défense, qui annonce quelques mesures destinées à améliorer les conditions de vie des militaires.
Quelques heures plus tard, les premiers coups de feu résonnent à Bouaké.

-Vendredi 12 mai: Bouaké est imitée par Korhogo, Odienné et surtout Abidjan où la contestation gagne le camp Gallieni, qui héberge l’état-major, et celui d’Akouedo.
Cagoules sur la tête, les anciens rebelles sortent dans les rues, tirent en l’air en criant: « L’argent ou la mort! ».
Le président demande qu’on reprenne le contrôle des casernes, ville par ville et autour des camps d’Abidjan, les groupes d’élite de la police et de l’armée sont déployés mais ne seraient pas prêts à ouvrir le feu.
Mais à Bouaké, quand l’état-major cherche à réunir les éléments de la Garde républicaine (GR) et du Groupement de Sécurité du Président de la République (GSPR) pour passer à l’offensive à Bouaké, soit ils n’auraient pas décroché leur téléphone, soit ils auraient invoqué une maladie soudaine.

-Samedi 13 mai: Abidjan a retrouvé son calme mais la fronde se poursuit à Bouaké.M Amadou Soumahoro, le secrétaire général par intérim du Rassemblement Des Républicains (RDR, parti présidentiel), pousse la foule à aller manifester contre les mutins à Bouaké le lendemain mais ces derniers accueillent les manifestants en tirant à balles réelles, faisant au moins 2 morts et plusieurs blessés.
L’état-major aurait envoyé, 80 éléments des forces spéciales et 20 gendarmes de l’unité d’intervention de la gendarmerie nationale à l’entrée sud de Bouaké mais les membres de la GR qui les accompagnaient auraient refusé de les suivre.
Les insurgés auraient demandé alors à négocier avec les lieutenants-colonels Ousmane Chérif et Zakaria Koné, 2 anciens « comzones » de la rebellion que le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara, le patron de la GR, aurait rejoint plus tard.

-Au terme des négociations avec les représentants des mutins dans un village à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bouaké,ces derniers acceptent de libérer les accès à la ville et rentrer dans leurs casernes mais maintiennent leurs revendications.
Les jeunes soldats auraient paniqué (leurs munitions commencant à manquer), un membre du Conseil national de sécurité aurait estimé que cette opération militaire sur Bouaké était en fait un coup de bluff et l’idée d’un désarmement forcé des mutins n’aurait pas été partagée par tous au sein de l’état-major (les mutins représentant 1/3 des forces armées).
Pendant que le pouvoir tergiverse, les mutins s’organisent, se radicalisent même (ils auraient reçu du renfort du Nord et auraient remobilisé leur troupe dans plusieurs villes).

-Dimanche 14 mai: les mutins apprennent qu’un véritable arsenal (AK 47, lance-roquettes, munitions…) est entreposé dans une maison de Bouaké appartenant au directeur du protocole de M Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale (ancien chef de la rebellion).
A Abidjan, Korhogo ou Man, les casernes grondent, des mutins tirent en l’air en criant « On est prêts au combat! ».

-Lundi 15 mai: Déjà maîtres de Bouaké, ils investissent en partie le Plateau à Abidjan sans que les éléments du GSPR et de la GR puissent les contenir mais sans se tirer dessus.
A Bouaké, les mutins commencent à se positionner au sud de la ville.
Acculé, M ADO, après des entretiens avec des chefs d’État de la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest), dont le Sénégalais M Macky Sall et le Guinéen M Alpha Condé et même le président de l’Union Africaine, aurait fini par céder et accepté de négocier.
Partisan de la manière forte, le Premier ministre, M Amadou Gon Coulibaly aurait fini par discuter avec les éléments de Bouaké.
A l’issue d’un conseil de sécurité, le ministre de la défense annonce un accord mais les mutins exigent 7 millions de francs CFA chacun et des garanties.
Finalement, les mutins ont gain de cause et reçoivent 5 millions de francs CFA immédiatement et les 2 millions restant seront versés en juin.

Fin des événements ou pas …

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